Le BRM 600 de Flins

Il est 4h, nous partons vers Flins avec François. Oui, j’ai embarqué François dans cette aventure un peu démentielle la veille, en me rendant à l’échappée belle, le magasin de vélo à Asnières-sur-Seine. Étant habitué des lieux François était présent, je lui lance l’invitation pour aller faire le BRM 600 de Flins avec moi. Il me répond oui, achète quelques barres et nous nous retrouvons quelques heures plus tard dans sa voiture sur la route de Flins. François n’était pas préparé et n’avait pas fait de distances supérieures à 250 kilomètres. De mon coté, l’appréhension: 600km c’est beaucoup, vais-je tomber de fatigue ? Vais-je tenir le coup? Je n’avais jamais fait ça avant. La vie est pleine de découvertes, de toute façon on verra bien. Je n’y vais pas pour un temps, même si cette fois je ne prends pas le Genesis. C’est avec mon Festka que je vais faire ma plus grande distance. Le cadre est en carbone, il est agréable à rouler et est réactif, donc pourquoi pas essayer! De toute façon depuis le Dalsland Runt les gaines et câbles de mon Genesis sont à revoir.

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Nous récupérons nos petits cartons jaunes de l’audax quand le jour commence à se lever.
Le départ est donné, nous sommes le 20 juin, il est 5h30, nous sommes un petit groupe d’une vingtaine de cyclistes nous aventurant vers l’un des BRM les plus longs!
Les premiers kilomètres se passent bien, il fait un peu froid, la vitesse est régulière, ça ne cause pas beaucoup au sein du peloton. Pour l’instant je reconnais Geneviève sous son casque, qui m’a donné mon carton au départ. La semaine dernière elle avait passé son BRM 600 avec Silvi. Puis en même temps ce n’est pas difficile, c’est la seule femme du peloton. Nous discutons brièvement de leur BRM de la semaine dernière et de l’Ardéchoise.

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Le soleil s’est levé, nous arrivons au premier check point, il est 8h30. Un coup de tampon, un pain au choc et on repart.
Je parle avec Gérard, de Reuil-Malmaison, qui possède un beau Alex Singer bleu nuit. Nous parlons de nos périples à vélos, tout en restant sur une moyenne constante. L’ambiance n’est pas la même que sur les précédents brevet que j’ai pu faire.
Il y a un coté un peu plus sportif dans ce peloton, les temps d’arrêts sont brefs. Je me retrouve assez régulièrement
en tête à mener le peloton, mais quand je décide de ralentir un peu, ils dépassent.
Gros rouleurs ou égo je ne sais pas, en tout cas ça me fait rire et je continue ce petit jeu!

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Il est midi quand on arrive au second point de passage kilomètre 172. La moyenne ne chute pas, on est sur 28 km/h,
on mange nos sandwichs, je rêve d’un café mais bon si on perd le peloton, on ne sait pas si on va les retrouver après,
puis je commence à en apprécier certains ici même si c’est pas trop bavard comparé aux BRM avec ma coéquipière Silvi.
Quand tout à coup je sens que ma roue avant est en train de me jouer un tour…

Crevaison!!

Voilà ça ne m’arrive pas souvent, mais bon là avec la chaleur, je pense que la rustine s’est décollée. Didier, entre en jeu, il m’aide immédiatement à retirer ma roue avant, pendant que je cherche mes outils et ma chambre à air. Il est déjà entrain de vérifier le pneu et tout le monde attend, en 4 minutes c’est réparé et on est déjà reparti! C’est de la formule 1!

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15h45 kilomètre 260 : Bourgueil, un coca, une pause de 15 minutes, un pain suisse et une part de flan
et nous voilà déjà repartis!
Le soleil cogne et les Flinois sont chaud aujourd’hui! Je ne sais pas s’ils veulent tenter un record,
mais la vitesse ne baisse pas! 28,8km/h de moyenne sur 300km. Il n’y a pas à dire, je crois que l’on est le premier peloton.
Les villes et villages organisent la fête de la musique, les effluves de grillades suffisent à nous ouvrir l’appétit.

Arrivée à Montbazon, kilomètre 319, il est 18h20. On mange de petites quiches, on se dit que dans le prochain village
on mangera des frites ou autres grillades, alors on repart de plus belle.

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Mais là, malheur : François casse un rayon de sa roue arrière. Je fais demi-tour, et le temps de sortir les outils,
Didier est déjà en train de trifouiller la roue voilée. Quel incroyable bonhomme! Il est mécano du cycle, je donne
mon multi-tool et il desserre  deux rayons pour rééquilibrer la roue de mon pote de route.
Le seul truc, c’est qu’il ne faudra pas que François se mette en danseuse, c’est emmerdant vu le gabarit du bonhomme. Entre-temps, nous avons perdu les trois quart du peloton!
Ils ne nous ont même pas attendu !
Je trouve ça vache; depuis plus de 300 bornes on est ensemble, et là ils nous lâchent.
Ils ont du se dire que nous les rattraperions!

Une fois réparé, on avance, un super marché est encore ouvert, on fait un bref stop pour prendre de quoi manger et boire pour la nuit. Bananes, Figolu, jus d’orange et boissons fraiches.
Un peu agacé par le comportement du peloton, c’est avec hargne que j’emmène mes coéquipiers jusqu’au prochain check point. Ils se mettent à l’abri du vent pendant que les moucherons viennent s’écraser sur mes avants bras et mon visage. Quand je baisse la tête, je les entends s’écraser contre mon casque. Didier et moi prenons des relais et nous nous mettons en éventail pour contrer le vent qui vient de trois-quarts. Je l’entend me dire:

C’est pas des jambes que t’as, ce sont des vérins

Les Flinois sont arrivés et finissent de manger, on cherche de quoi valider notre passage dans une crêperie, mais il y a foule. La fête est finie dans le village de Contres, au kilomètre 383, j’achète des chips et essaie de manger au plus vite, il n’y a rien d’autre dans la petite épicerie, j’aurai du acheter un sandwich au supermarché…
J’ai à peine eu le temps de mettre mes manchettes que le peloton commençait à repartir!

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J’allume mes lampes; la nuit commence à tomber, on traverse les bois et je sens comme des sueurs froides,
je ne me sens pas bien. J’engloutis alors une banane, pâtes de fruits et toutes les barres qui trainent dans mes poches.
C’est la fringale qui commence, punaise j’aurais du manger plus! C’est de l’amateurisme!
Une pause pipi et j’en profite pour sortir mes vivres, lait concentré sucré, gels au cas ou, bananes, barres,
pâtes de fruits et Figolu pour affronter la nuit!
Je reste à l’arrière du peloton le temps de reprendre des forces.
Mais je me rends vite compte que la fatigue s’invite au rendez-vous.
Il est minuit quand nous arrivons à Meung sur Loire et là on tombe sur un pub encore ouvert!
Soulagement, je vais pouvoir avoir un café et manger des petits gâteaux!
Ce café me réchauffe le cœur; me voilà reparti pour affronter la nuit. Nous traversons le domaine de Chambord,
un peu distraits par la fête au château, nous évitons un serpent de peu!
Je commence à m’endormir littéralement, quelques coups de pédale et je repasse devant pour ne pas m’endormir,
je suis éveillé, mon attention est captée; je vois un lièvre traverser devant moi, de quoi me redonner un peu de peps.
La nuit sera longue, on arrive à Voves, on mange un peu. Il est 2h50: pas de commerces ouverts à cette heure-ci,
alors on répond à la question secrète. Certains en profite pour dormir quelques minutes dans une banque.
Mais en repartant, quelqu’un a oublié ses lunettes, on se retrouve encore une fois seuls, le gros du peloton ne nous a pas attendu encore une fois.
Tant pis on les rattrapera après, mais ça commence à être de plus en plus difficile pour François, on le fait parler pour qu’il ne s’endorme pas. Mais il fait l’accordéon j’essaie de le ramener mais ça devient difficile pour lui. Le corps ne répond plus. Nous sommes à 5 kilomètres d’Epernon: plus que 55 kilomètres et on est arrivé ! Après plus de 50 kilomètres de faux plat, on passe dans un village où ça grimpe tout en pavés. J’attaque sur les pavés pour mieux passer. Une fois en haut j’attends le peloton et j’apprends par Didier que François s’est arrêté, je fais alors demi tour et le trouve avec un autre compagnon de route allongé dans une banque. Épuisés, ils dorment paisiblement, je continue alors ma route.
Je me retrouve seul, dans la nuit, j’évite encore un lièvre, c’est devenu ma phobie depuis mon festive 500 de 2013 avec Sébastien qui s’en était pris un dans la roue avant.
Alors j’accélère pour les rattraper.
J’aperçois les petites lumières rouges au loin. Epernon kilomètres 552, il est 5h15, et les Flinois tournent à un autre endroit. Sur ce dernier coup nous décidons de continuer sur le parcours, nous arrivons en Vallée de Chevreuse aux abords de la forêt de Rambouillet.

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Le soleil se lève, et le groupe explose encore une fois mais cette fois nous n’attendons plus, je suis avec Didier, la révélation de mon brevet, la rosée est froide, les champs sont chargés de brouillard, les animaux sont les maîtres des lieux.
Thoiry, puis direction Flins, ça grimpe mais on y est presque! C’est alors que l’on croise Jean-Philippe du club de Flins qui guette les premiers arrivants du brevet, il nous fait alors passer par un raccourci, en revanche ça grimpe un peu.

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Ok, dernière difficulté sur 1 kilomètre, un coup de rein sur la partie la plus élevée à 14% un dernier faux plat et on remet la plaque pour une descente à tombeau ouvert. Et nous arrivons sur le château de Flins-sur-Seine devant le local de l’association, il est 7h15 nous sommes les deuxièmes à être arrivés. Le premier est Yves Carrier, un ami de Didier qui fera sûrement un classement dans le top 10 sur le Paris Brest Paris. Il est arrivé 5 minutes avant nous. Nous sommes encore abasourdis par le temps que nous venons de faire, 602 kilomètres à mon compteur, en 22h de selle et un temps total de 25h45 et une vitesse de 27,4 km/h.

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Didier n’en revient pas lui même alors qu’il a de la bouteille, plus de 80 brevets à son actif depuis 1999. Merci à lui et au groupe avec qui nous avons roulés. Et un énorme bravo à François. Un arrière goût amer envers certaines personnes qui n’ont pas eu la mentalité « cyclo » car je n’avais pas la même monture qu’eux et que j’ai peut-être froissées en étant peut être trop souvent à la tête du peloton à leur goût, enfin, je leur souhaite un bon Paris Brest Paris.
J’ai pris du plaisir malgré tout, et si vous avez remarqué, je n’ai pas eu mal une seule fois aux genoux !

BRM 600

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Paris Brest Paris, j’arrive!
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5 Comments

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  1. 600 bornes ça passe vite en te lisant !

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  2. Olivier Dulaurent 27 juin 2015 — 0 h 01 min

    Bravo Julien ! Maintenant que les 600 km sont dans la poche, les 1250 km se feront avec un gros moral 😉

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  3. Séverine et Didier 27 juin 2015 — 18 h 57 min

    Bravo. Faire ce 600 avec toi/vous fut pour moi un plaisir. Bravo également pour ce récit, tu as bien retranscrit ce que nous avons vécu.
    Au plaisir de se recroiser sur la route.
    Bon PBP à Silvi et toi, votre choix d’horaire de départ me parait excellent pour avoisiner les 70h sans trop de soucis.
    Didier et Sev

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