Paris Roubaix Challenge – le retour

Une fois de plus je n’ai pas pu résister à l’appel des pavés du Nord.

On prends la même monture et on recommence?

D’accord mais cette fois, on met une autre selle, j’ai opté pour la Brooks C13, testée par David Millard sur les pavés du nord. Cela ne pouvait être que parfait pour cette occasion.
J’ai également changé tout le set up, je suis passé en full Enve, cintre, potence, tige de selle, comparé au set up en aluminium de l’an passé. Le cadre Genesis Equilibrium fera encore merveilleusement bien l’affaire sur les pavés. Les roues sont toujours les Ambrosio Nemesis ornées cette fois d’une série spéciale de boyaux FMB Paris Roubaix Rose en 27mm (qui sont en réalité du 28,5mm).

Cette année pas d’histoire de train raté à l’aube, j’ai une voiture, et mes potes dedans.

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Il est 4h, les réveils sonnent dans la chambre de notre hôtel. Romain de l’échappée belle, François et moi nous préparons. Une heure plus tard, les vélos sont montés sur le porte vélo, on retrouve Jochen et Foucauld au petit déjeuner. Une demie-heure plus tard nous quittons Roubaix pour Busigny.

Il est 7h du matin quand nous arrivons à Busigny, nous garons la voiture et nous nous préparons pour affronter l’enfer du nord. Jochen et Foucauld seront les conducteurs de la voiture sur les 170 kilomètres du parcours.

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La voiture servira en support pour le club du RCC (le Rapha Cycling Club). Les membres y laissent leurs sacs à dos, et trouverons aux ravitaillements que nous proposerons de la nourriture, de l’eau, une trousse à pharmacie, une pompe à pied et des boyaux en cas de crevaison.

Nous retrouvons environ une vingtaine de membres du club pour un départ groupé sur cette chanson qui tourne en boucle :   https://www.youtube.com/watch?v=j7DzfOgNpfw

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Je prends un café brulant servi par une gentille bénévole pour me réchauffer un peu. Il fait froid ce matin mais le soleil est présent et le sera tout au long de la journée, comparé à l’an passé la météo semble agréable aujourd’hui. Mais les secteurs s’annoncent toutefois difficiles à cause de la boue. Mais bon c’est Paris Roubaix, c’est le coté fun.

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8 h, nous décidons de partir, la cadence est bonne, il faut s’échauffer car le premier secteur est à 10 kilomètres de la ligne de départ. Nous avançons, doublons quelques pelotons, et là le premier secteur pavé nous ouvre les bras. Comme chaque fois, on peut faire son marché,sur le bas coté on y trouve bidons, chambre à air, outils, tout y est. Les gens perdent généralement la moitié de leurs bidons sur les premiers secteurs pavés.

Les secteurs s’enchainent et ne se ressemblent pas, les difficultés se précisent. Cette année je me sens plus à mon aise sur les pavés, ayant eu un avant goût auparavant, cela me permet de mieux les appréhender. La seule solution encore et toujours qui reste la meilleure est d’accélérer et essayer d’être constant.

 

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Plus tard, je croise la voiture stationnée dans un secteur pavé, Daniel et moi en profitons pour remplir les bidons et manger un bout. Dans quelques kilomètres, ce sera la fameuse et dangereuse trouée d’Arenberg qui se dressera devant nous. Daniel est comme un enfant attendant Noël, et je dois avouer que je suis tout autant impatient face à ce passage mythique.

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Je suis content, j’ai de bonnes sensations, les jambes sont là. Je salue quelques membres du RCC ici et là, puis le vieux pont métallique qui surplombe la forêt apparait.

Arenberg est là, pas question de baisser la cadence. Le sourire aux lèvres, j’attaque, le compteur m’annonce 47 km/h sur les pavés, je passe sous l’arche rouillée, poussé par les cris d’encouragement des spectateurs derrière les barrières, je relève la tête et face à moi un amas de participants qui roulent à 10 km/h sur les pavés boueux et mouillés.

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Je hurle aux participants « POUSSEZ-VOUS! » suivi d’un « ALLER! » mais ils ne bougent pas, ils sont comme collés au sol. C’est la chute assurée, la chaussée est glissante, je freine, manque de tomber, relance et glisse sur le coté gauche.

– Chute –

Rien de cassé, rien d’abimé, mon énervement est aussi palpable que la boue sur les pavés que je viens d’essuyer. Devant moi c’est l’hécatombe, les participants roulent sur le coté, il y a de la boue partout, je ne parviens pas à trouver une place, une ligne à suivre pour m’extirper d’Arenberg, je suis prisonnier, contraint de marcher sur le coté pour éviter certains participants qui paniquent totalement face à l’adhérence de leurs pneus réduite à zéro, sans dégager le passage  tandis que d’autres foncent à vive allure.

Je suis dégouté par cet échec, ce sera pour une prochaine fois. Personne n’est prêt pour Paris Roubaix, c’est Paris Roubaix qui décide si vous l’êtes, pas vous.

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Au loin je vois Daniel Romain et Foucauld, la voiture n’est pas loin, nous en profitons pour retrouver Romain, François, Stuart et Mark. Je décide de remettre mes gants car deux cloques sont apparues sur mes mains à cause des frottements sur le guidon. Nous déposons nos vestes dans la voiture, vidons nos poches de nos emballages de barres des céréales, avalons quelques compotes, fruits et barres puis, nous repartons mais là, je n’ai plus de force…

Il reste 100 kilomètres et mes jambes m’ont abandonné, lâchement sans crier gare…

La chute à Arenberg m’a fait mal au genou, j’essuie avec difficulté un passage à vide. Je m’abrite derrière François tandis que Romain et Daniel partent en tête pensant que nous allons les rattraper par la suite. Les secteurs s’enchainent et je perds François à chacun d’entre eux. Les secteurs passent, Pont Gibus, Orchies, Tilloy…

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Je pars solitaire, arrivé à la fin de Mons-En-Révèles qui m’a complètement séché, je m’enfile deux paquets de TUC remplis de nouveaux mes poches, j’ai des crampes aux épaules et aux jambes, je peine à serrer quelque chose dans mes mains. Je mets 2 minutes à refermer le zip de ma poche arrière car je n’ai plus de force dans les doigts. Ça y est, les séquelles de l’enfer du Nord sont belles et bien présentent.

François arrive avec ses deux autres compagnons de route Stuart et Mark, il m’annonce qu’il va attendre un peu pour repartir, lui aussi rencontre des difficultés, mal aux mains, crampes.

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Je repars chargé de sel, mes crampes disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues, je suis bien, j’ai retrouvé mes jambes! L’asphalte et les descentes me permettent de récupérer. Les secteurs pavés s’enchaînent pas trop mal. Je salue d’autres membres du RCC que je croise sur la route.

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J’arrive à Camphin-en-Pévèle, je continue ma traversée solitaire, arrivé à Carrefour de l’arbre, je vois Romain sur le coté entrain de marcher. Je décide alors de l’attendre à la sortie du secteur. Il m’explique alors qu’il à chuté, non pas sur les pavés mais sur l’asphalte, ayant retiré ses gants quelques secteurs plus haut… Il s’est rattrapé sur la paume des mains. La roue avant est voilée et vu l’état de ses mains, ça doit piquer fort, très fort. Il s’accrochera jusqu’à l’arrivée deux secteurs encore à franchir, il reste 15 kilomètres avant le vélodrome.

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Pendant ce temps, François à une crevaison, impossible pour lui de changer son boyau étant donné qu’il n’a plus de force dans les doigts, une personne sur le coté de la route l’aidera à en remettre un autre qu’il avait préalablement laissé dans la voiture, Foucauld le retrouve pour l’aider.

Les secteurs pavés les plus durs sont derrières moi, l’arrivée est pour bientôt, un bénévole annonce Roubaix à 3 kilomètres. Les cliquetis des roues libres vrombissent, j’attrape un peloton qui me fais penser à une course. On se regarde, comme si nous étions entrain de courir le réel Paris Roubaix, on se prête tous au jeu.

L’arrivée, le vélodrome ouvre ses bras, le paradis est là, le sprint est lancé une fois sur ce vélodrome, il n’y a pas d’autre manière d’achever cette course. Je me remémore ces géants du cyclisme, ces forçats de la route, ayant parcourus ces mêmes secteurs mythiques, arrivés sur cette même piste. Je déclipse, je profite de l’instant pour immortaliser mon deuxième Paris Roubaix.

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Je récupère ma médaille, j’attends mes compagnons de route et nous finissons notre chemin au rendez-vous immanquable, les douches du vélodrome pour profiter d’un moment de bonheur après une journée en enfer.

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Je tiens à remercier Jochen Hoops pour les photos et sa conduite, à Foucauld pour s’être incarné en directeur sportif durant le week-end ainsi que leur aide précieuse apportée aux membres du RCC.

 

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Le lendemain nous nous retrouvons à Camphin-en-Pévèle pour voir la course sur l’écran du MCC (le Mobile Cycle Club de Rapha), Barbecue, bières et cafés sont servis gratuitement pour les personnes qui le souhaitent. Les hélicoptères arrivent les pros sont à deux coups de pédales du secteur. Nous les voyons filer sur les pavés tels des fusées. Rien à voir avec nos efforts de la veille.

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Merci encore à Franziska, et l’équipe du MCC, Therese, Mitchell et Schnurri pour ce week-end de plaisir cycliste.

Je vous invite à lire le brillantissime article de Foucauld à propos de la course sur son blog la conjuration.


 

English :

7 in the morning we arriving at Busigny, we park the car and get ready to the hell of the North. 

Jochen and Foucauld will be the drivers of the RCC support car on the 170 kilometers of the course.
The members leave their backpacks, we propose food, water, a first-aid kit, a pump and tubulars in case of flat.
20 members set off together but after the first 10 kilometers the peloton split in the first cobbles section. 

Some cobbles areas further, we prepared a food stop at the RCC support car. 

It stays 100 kilometers, and the famous cobbles area are in the front of us, Pont Gibus, Orchies. Mons-En-Pévèles, the car wait for 2 hours. Shoulders have cramps, it’s difficult to tightening something in my hands. That’s it, the aftereffects of hell of the North.

Camphin-en-Pévèle, Carrefour de l’arbre, the arrival is 15 kilometers farther.One of the RCC members was helped with a flat tire by Foucauld, driver of the support car. Luckily for him as he had no spare tubes on hand. The hardest paved sectors are behind us, the arrival is for soon, a volunteer announces Roubaix in 3 kilometers. 

The velodrome welcome us, the paradise is there, sprints are launched, there is no other way of finishing this race. The giants of the cycling, these road slaves, having traveled(browsed) the same mythical sectors, arrived on the same track.Inevitable meeting, the showers of the velodrome to take advantage of this moment of happiness after day in hell.

Thanks to Jochen Hoops for photos, to Foucauld our sports director during the weekend and for the support to the members of the RCC.

On Sunday the MCC was parked at cobbles sector 5 in Camphin en Pévèle, spectators and Rapha customer joined us to watch the race life on our TV screen and saw the pros pass by. Beers, coffee, food was served to everybody. The spot of our good friend Jean Charles Catrix has proven to be the right place one more time. People had a good time.

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One Comment

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  1. Bravo pour ce nouveau défi et ce beau récit servi par des photos magnifiques (c’est quoi son matos au photographe ?). La mise en page de ton site est très esthétique et très soignée. Bravo aussi pour ça.
    Didier
    Ps : on avait roulé ensemble lors de la présentation des vélos Baum à Vincennes, mais je suis un mickey à côté de toi 😉

    Aimé par 1 personne

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